Sa naissance.

Le lieu de naissance de Benoît de Sainte-Maure, qu’on trouve aussi écrit Sainte-More, immense poète du 12e siècle, n’est pas établi de façon certaine. On ne connait pas non plus sa date de naissance, seule sa mort en 1173 est certaine.
Certains auteurs le disent normand ou anglo-normand, d’autres de Touraine;
Au 19e siècle, d’éminents spécialistes[1] ont essayé de prouver son origine par l’exégèse de ses textes, mais il n’a jamais rien pu être établi de probant.
L’abbé Bourassé dit que Benoit est né à Sainte-Maure de Touraine vers le commencement du XIIe siècle.
C’est également ce que dit Pierre Larousse dans son Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle et c’est aussi l’avis de l’encyclopédie Universalis.
Quant à la différence d’orthographe, Il semble qu’au moyen âge Sainte-Maure pouvait s’écrire Sainte-More ainsi qu’on le trouve écrit dans une chartre du cartulaire du Liget (Indre-et-Loire) de 1293 [2] ou encore dans un testament de 1596[3].

On l’appelait « maître », ce qui signifie qu’il avait étudié et était gradué. Il semble aussi que Benoît était clerc.
Il dédia le Roman de Troie à Aliénor d’Aquitaine, épouse d’Henri II (1133-1189) roi d’Angleterre, mais aussi comte d’Anjou. Henri régnait également sur la Touraine et a souvent vécu à Chinon où il est décédé. Sa sépulture se trouve à l’abbaye de Fontevraud.
Henri II a pu tout à fait entendre parler de Benoit dans un monastère tourangeau. Il est alors tout simple de penser que le poète et le prince se soient rapprochés.

[1] Aristide Joly. Léopold Constans…
[2] Carré de Busserolle, Dictionnaire historique et biographique d’Indre-et-Loire. A Sainte-Maure. 1888.
[3] Testament de Mathurin Martineau de Sainte-Maure : une maison située es faubourg Sainct-Michel à Sainte More… (Archives paroissiales Cahier V abbé Agenet page 99)

Son œuvre.

L’abbé Bourassé précise que Benoît est considéré, sur le plan littéraire, comme ayant joué un grand rôle dans l’histoire de la formation de la langue française et qu’il est apprécié comme modèle des poètes primitifs de notre langue.

Il est l’auteur de quatre grandes œuvres majeures :
– Le Roman de Troie : poème de 30 000 vers de 8 syllabes.
– Chronique des ducs de Normandie : chronique historique de 44 500 vers également octosyllabiques.
– Enéas poème de 10 000 vers.
– Le roman de Thèbes, poème d’environ 15 000 vers.

Le Roman de Troie

Ecrit vers 1165, il est composé de 30 000 vers de huit syllabes.
L’œuvre mêle la légende et l’histoire des Grecs.
Benoît ignorait le grec et utilisa deux narrations latines du siège de Troie, tenues pour véridiques. L’une composée au VIe siècle était attribuée à un phrygien, Darès, l’autre datant du IVe siècle était attribué au crétois Dictis. Tous deux étaient censés avoir été les témoins oculaires de la bataille. À ces données, Benoit intégra de nombreux épisodes supplémentaires, si bien que son poème couvre la période allant de la conquête de la Toison d’or à la mort d’Ulysse. Il y introduisit, conformément au goût de l’époque, de multiples aventures galantes. L’œuvre eut un très grand succès et fut traduite en allemand au XIIe siècle, en latin et italien au XIIIe. Il était aussi connu en Espagne.
Il fut mis en prose au XVe siècle.

Il reste aujourd’hui 52 manuscrits anciens du roman.
Le plus ancien qui date du 12e siècle est conservé à la bibliothèque Ambroisienne de Milan.
Leopold Constans, professeur à l‘université d’Aix-Marseille, détaille tous ces manuscrits dans son étude « Le Roman de Troie par Benoit de Sainte-Maure » publiée entre 1904 et 1912 à travers six volumes. Ils sont en ligne sur Gallica.
Plusieurs manuscrits, dont un du milieu du XIIe siècle sont conservés à la BNF et peuvent également être consultés sur Gallica.voir
Le roman ne bénéficie actuellement que d’une seule traduction en français moderne par Emmanuelle Baumgartner [1]..

[1] Le roman de Troie par Benoît de Sainte-Maure ; texte traduit et présenté par Emmanuèle Baumgartner. Union générale d’éditions (10/18, 1822. Bibliothèque médiévale), 1987, 428 p

MS Français 1610 à la BNF. XIIIe siècle. Parchemin 181 feuillets.

C’est dans cette œuvre que Benoit se nomme (vers 142 de cette édition)

Mes Beniez de seinte more

L’a concouee et fet et dir

Chronique des ducs de Normandie.

L’histoire des ducs de Normandie est une chronique historique en 44 544 vers de huit syllabes relatant la vie des ducs de Normandie. Composée vers 1170 – 1180, elle aurait été commandée par le roi d’Angleterre Henri II.

La chronique nous est connue grâce à deux manuscrits : le plus ancien, dit de Tours, est daté de la fin du XIIe siècle et est conservé à la bibliothèque municipale de Tours ; le second, dit de Londres, est daté de la première moitié du XIIIe siècle et est conservé à la British Library, bibliothèque nationale du Royaume-Uni.

L’identité de l’auteur de la Chronique se prénomme Benoît. Certains identifient Benoît à Benoît de Sainte-Maure, mais Léopold Constans (voir ci-dessus) conteste cette hypothèse.

Une majorité de chercheurs considère aujourd’hui que cette œuvre est bien de Benoît de Sainte-Maure.                   

L’ouvrage est divisé en deux livres, le premier, assez court (2 168 vers) relatif à l’incursion des Danois et l’expédition de Hastings, le second comprend le reste du poème et l’histoire de tous les ducs de Normandie, de Rollon à Guillaume le bâtard.

MS 903 du XIIe siècle de la bibliothèque de Tours
MS 60 BNF 1326-1350 Parchemin 186 folios. F1 à 41 Roman de Thebes. F42 à 147 Romande Troie. F148 à 186 Roman de Eneas. L’image ci-dessus est le folio 148.

Enéas,

L’auteur de ce poème de 10 156 vers, composé vers 1160, est, pour beaucoup, considéré comme anonyme. Mais La Grande Encyclopédie, inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts[1], dit « l’auteur ne se nomme pas, mais doit être attribué à Benoit de Sainte-More. La langue, le style et les procédés de composition sont les mêmes que dans le Roman de Troie ».

Il existe d’ailleurs à la BNF, un manuscrit[2] du XIVe siècle qui regroupe dans une même reliure le roman de Thèbes, le roman de Troie et le roman de Enéas et la BNF le recense avec une notice sur Benoit de Sainte-Maure.

On considère ce texte comme un des plus anciens romans français.

Le Roman d’Énéas est une adaptation de l’Énéide de Virgile que l’auteur traduit du latin, parfois fidèlement, parfois en se permettant des libertés qui font de ce texte une véritable création littéraire. Comme chez Virgile, le roman relate les voyages et les combats du Troyen Énée, ancêtre mythique du peuple romain. L’auteur transforme néanmoins l’épopée latine, récit de fondation concentré sur le thème guerrier, en une œuvre romanesque qui développe largement la thématique de l’amour.

La composition d’Enéas doit être considérée comme antérieure au Roman de Troie.

[1] Tome 6, page 211.
[2] ms 60.  Consultable à cette adresse : https://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc508519

Le roman de Thèbes.

Ce roman, la plupart du temps considéré d’un auteur anonyme, est selon la Grande Encycopédie « attribué par plusieurs philologues à Benoit de Sainte-Maure ».

Ce roman s’inspire de la Thébaïde de Stace, ainsi que d’autres sources antiques, notamment la tragédie grecque.
Il raconte l’histoire d’Etéocle et de Polynice, les deux frères issus de la liaison entre Oedipe et sa mère Jocaste.

La date de rédaction du premier manuscrit est estimée à l’an 1150. On considère ce texte comme l’un des plus anciens romans français.

Comme dit ci-dessus, il existe à la BNF, un manuscrit du XIVe siècle qui regroupe dans une même reliure le roman de Thèbes, le roman de Troie et le roman de Enéas.

MS 60 BNF folio 1 Roman de Thébes

Quelle meilleure conclusion peut clore ce texte que les propos de dom Housseau[1]  qui dit « on ne peut pas assurer que ce poète soit né à Sainte-Maure de Touraine, mais cela est au moins fort probable, car la différence de l’orthographe n’est rien, et en attendant qu’on ai déterré le lieu de sa naissance il est sans doute mieux ici d’ailleurs[2] ».

[1] Dom Housseau, historiographe de la Touraine, décédé en 1763.
[2] Collection BNF Touraine Anjou 23, page 275.-

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